RQRF 40 : Avowyngs of Arthur & Awyntyrs Off Arthure

Antoine et Lays reviennent avec deux textes arthuriens du XIVe siècle en vers allitératifs anglais, dans la suite de nos épisodes sur les Morts d’Arthur (RQRF #36) et Sir Gawain and the Green Knight (RQRF #37) — par rapport à ce dernier on va d’ailleurs revoir une mise en scène d’adultère, un chevalier vert, une blessure à la nuque pour Gauvain…

Dans The Avowyngs of Arthur, Arthur jure d’affronter un terrible sanglier, décrit comme un être démoniaque, et encourage ses chevaliers à également faire un vœu, mais là où Gauvain et Keu se comportent en chevaliers de roman et partent également à l’aventure dans la forêt, Baudoin, avant de rentrer chez lui, fait des vœux qui se rapportent davantage à la morale quotidienne : ne pas craindre la mort, ne pas être jaloux d’une femme et ne jamais refuser de nourriture à quiconque. Dans la deuxième moitié du poème, Arthur et ses chevaliers vont essayer d’éprouver ses vœux, qu’il va ensuite expliquer à l’aide de plusieurs histoires qui lui sont arrivées, même si la morale n’est pas toujours claire…

Dans The Awyntyrs Off Arthure, Gauvain et Guenièvre sont témoins de la terrible apparition d’un spectre lors d’une partie de chasse. Alors que les cieux s’assombrissent, il s’avère que ce revenant est en fait la mère de Guenièvre, qui les met en garde quant à leur orgueil : leurs richesses et leurs triomphes ne les empêcheront pas de finir dévorés par les vers et les tourments du purgatoire comme elle. Et qui plus est, elle prophétise sur la chute de la Table Ronde et la mort de Gauvain… Alors qu’ils s’appliquent à la charité pour le salut de leur âme, et qu’on fasse donner des messes en son honneur pour atténuer ses souffrances. Dans la seconde moitié du poème, Galeron de Galloway accuse Gauvain et Arthur d’avoir injustement pris possession de ses terres et il veut se battre pour celles-ci. Gauvain relève le défi. Le combat est terrible, et les deux chevaliers gravement blessés, quand la bonne amie de Galeron intercède auprès de Guenièvre pour le faire interrompre, mais justement quand Galeron reconnaît que Gauvain a l’avantage. Arthur propose alors à Gauvain de nouvelles terres pour qu’il rende à Galeron celles qu’il demandait, et qu’il puisse rejoindre la Table Ronde — ce qui est fait. Et Guenièvre fait donner un million de messes pour sa mère.

Dans ces deux textes anglais, nous voyons la Table Ronde investie par des questions morales qui devaient être plus proches des préoccupations de leur lectorat (de petits nobles ou bourgeois) que les dilemmes héroïques des chevaliers errants classiques, que ce soit la morale individuelle de Baudoin ou bien l’économie religieuse de la charité qui entoure le Salut de la mère de Guenièvre.

RQRF 40 : The Avowyngs of Arthur & The Awyntyrs Off Arthure

Sommaire

0:00:00 Générique
0:01:00 Introduction
0:03:26 Actualité
0:25:00 Introduction des textes
0:32:10 Avowyngs of Arthur
1:33:00 Awyntyrs off Arthure 

Traduction des deux textes par nos soins, avec le texte anglais :

Liens des œuvres d’actualité discutées en introduction

Debunk les Chasses aux Sorcières ?

Il est courant, ces temps, de corriger nos idées reçues sur les grandes chasses aux sorcières à l’époque moderne en Occident, et notamment les analyses de certaines militantes féministes, mais qu’en est-il ? Pourquoi ces persécutions visaient-elles majoritairement des femmes ? Les victimes des procès de sorcellerie étaient-elles bien, en nombre significatif, des guérisseuses, des sages-femmes ? Cette multiplication des bûchers serait-elle bien liée à l’avènement du capitalisme, et à la condition moderne des femmes, comme l’avance Federici ? Et qu’est-ce que tout cela révèle de notre pratique de la vulgarisation historique, et de la place que le “debunk” peut y prendre ? Découvrez-le dans un nouvel épisode de C’est Pas Sourcé !

ADDENDA ET ERRATA :

Lays dit tout le temps “inquisiteur” au lieu de chasseur de sorcières ou démonologue, ce qui serait plus approprié pour des gens qui ne travaillent pas pour l’Inquisition.

NOUS SOUTENIR

SOMMAIRE

0:00:00 Introduction 
0:08:50 Générique : David Rampillon – Rhin
0:09:36 Précision sur les critiques
0:19:13 Partie 1 : Le nombre de victimes 
0:52:19 Partie 2 : Pourquoi une majorité de femmes ?
1:04:46 Partie 3 : Guérisseuses, sages-femmes ?..
1:25:27 Partie 4 : Lié au début du capitalisme ? (Federici)
1:34:26 Partie 5 : Récupérer une figure historique ? (Chollet)
1:43:49 Conclusion et pour aller plus loin
1:59:20 Écran de fin (avec musique)

Musique de David Rampillon, merci à lui pour son travail ! Son site : https://www.davidrampillon.com/

TEXTE DE LA VIDÉO : 

NOS VIDÉOS MENTIONNÉES :

AUTRES ÉMISSIONS CITÉES

RQRF 39 : Les Prophéties de Merlin

Probablement rédigé dans les années 1270 au nord de l’Italie, le roman en français intitulé les Prophéties de Merlin, déjà abordé dans notre épisode sur Ségurant (RQRF 38) développe une intrigue centrée sur la collecte des… prophéties de Merlin. Dans celles-ci on devine les fascinations religieuses et politiques de l’auteur (ou des auteurs successifs ?) : l’avènement du Dragon de Babylone, l’Antéchrist, qui semble avoir les traits de Frédéric II, on lamente les abus du clergé, on dénonce les vices des femmes, on loue les Vénitiens… À cette intrigue qui suit Merlin, qui continue de prophétiser depuis la tombe où la Dame du Lac l’a enfermé, comme le veut la tradition, la version longue entremêle sur sa fin toute une série d’aventures romanesques plus proches de ce à quoi les romans arthuriens nous ont habitués, mais parfois très déjantées. C’est la version la plus développée de cette version longue, dans le manuscrit Bodmer 116, qu’Antoine et Lays vont (longuement !) vous résumer dans cet épisode. Un tournoi de Sorelois organisé pendant l’épisode de la Fausse Guenièvre (voir RQRF 15 sur le Lancelot propre), rien d’inhabituel mais on y trouve aussi une grande guerre contre les Saxons durant laquelle le bouffon Daguenet dilapide l’argent du royaume, en défenestre le trésorier et menace de faire pareil au roi Arthur ! Les aventures de Ségurant côtoient celles d’Alexandre l’Orphelin, neveu du Roi Marc, qui sera enlevé par Morgane, la magicienne que l’on voit aussi se battre violemment avec ses consœurs, et en ressortir humiliée…

Un roman riche dont la structure foisonnante et unique, alternant ces diverses trames narratives, laisse beaucoup à se mettre sous la dent. Un peu trop, même ?

RQRF 39 : Les Prophéties de Merlin
Sibylle tirant Morgane par les cheveux dans le manuscrit Bodmer 116. (fol. 94v)
0:00:00 Générique et introduction
0:01:05 Actualités arthuriennes
0:45:15 Les Prophéties de Merlin
0:53:00 Manuscrits, éditions, traductions (partielles)
1:16:15 Résumé des Prophéties de Merlin

Quelques ressources :

Noël, le Solstice et la Naissance du Soleil

À l’époque héroïque de l’histoire des religions, la question ne se posait presque pas : bien sûr que Noël vient d’une fête païenne, comme toutes les fêtes chrétiennes (même quand on n’a pas de trace de fête païenne antérieure) ! La pop culture, la vulgarisation et les journalistes le répètent encore inlassablement, ce contre quoi les spécialistes avaient dressé un mur de scepticisme très critique : est-ce que ces histoires d’origines païennes expliquent grand-chose ?

Il est vrai qu’elle nous font perdre du temps et sauter aux conclusions. Mais le mouvement de balancier en arrive au point où on traite ces hypothèses comme ridicules, alors qu’il y a parfois des éléments pour les soutenir. Il y a quelques années, notre vidéo sur Noël restait prudente, Noël et le Natalis Invicti apparaissant en même temps.

Mais est-ce toute l’histoire ? Ça ne semble pas une coïncidence qu’on ait fixé Noël à la date traditionnelle du solstice. Cette célébration solaire n’a-t-elle pas des racines plus anciennes ? Petit cadeau de Noël (ou de solstice) aux enthousiastes qui tiennent à dire que Noël a des origines païennes, Lays rouvre le dossier des fêtes du solstice, en trois parties, commençant par un rappel des grandes lignes des origines de Noël, et des précautions à prendre quand on navigue les calendriers de l’Antiquité et le cycle du soleil, de Yalda à Yule en passant par la machine d’Anticythère.

Documents

Script de la conférence (qui ne la suit que d’assez loin) :

Diapositives (PDF) :

Erratum

Partie II, 17:24 : La mention du novem solum semble mal attribuée à Ambroise de Milan, il s’agit plutôt d’un sermon de Maxime de Turin.

Partie 1 :

Deuxième volet de cette conférence sur Noël et le solstice. Que valent les théories astrothéologiques, qui postulent que les mythologies anciennes seraient essentiellement des allégories de phénomènes astronomiques ? Un code qui cacherait de simples mouvements des astres ? Une approche qui rassemble parfois esprits scientistes et publics mystiques… Lays revient ici sur la fête de la « naissance du soleil » mentionnée par le calendrier du pseudo-Antiochus, et quelques mentions d’auteurs antiques qui semblent placer une telle fête en Égypte aux alentours du solstice. Mais les très nombreux textes laissés par les Égyptiens confirment-ils leur histoire ? Est-ce que cela cadre vraiment avec ce que l’on sait des croyances et surtout du calendrier des anciens Égyptiens ? À croire qu’il va falloir regarder la troisième partie pour tirer tout cela au clair…

Troisième et dernière partie de cette conférence sur les fêtes du solstice. Et si, suivant une remarque de Macrobe, plutôt que de se concentrer sur la naissance du Soleil, on se tournait vers la croyance que les différentes phases de la vie du soleil (jeunesse, vieillesse, mort ?) étaient fêtées au fil de l’année ? La mention d’un « coucher de soleil » dans un mystérieux calendrier, consigné à l’époque byzantine pourrait éclairer l’étrange fête, apparemment tardive, des Brumalia, dont le nom dérive du solstice d’hiver (Bruma) mais commence un mois avant… S’agirait-il d’un moment particulier du cycle du soleil, où il passe dans l’hémisphère inférieur et… Et quoi ? Le soleil meurt ? Et renaît ensuite au solstice ? Ou se transforme en un autre dieu (Hadès, Dionysos, Saturne) ? Sa puissance astrologique diminue ? Il réchauffe les semences sous terre ? Creusant de l’astrologie babylonienne aux papyrus grecs magiques en passant par des fragments néoplatoniciens, Lays essaie d’ébaucher une conclusion malgré toutes ces conceptions qui s’affrontent.

RQRF 38 : Ségurant, le Chevalier au Dragon

(et les Prophéties de Merlin, Rusticien, la Queste 12599…)

Un roman arthurien retrouvé ! Un chevalier jusqu’ici oublié ! L’édition et la traduction des aventures de Ségurant le Brun, chevalier au dragon, ont été ponctuées, ces dernières années, d’annonces tonitruantes sur la mise au jour de cette « matière de Ségurant ». Une version unique des Prophéties de Merlin, contenue par le manuscrit 5229 de l’Arsenal contient en effet une série d’épisodes uniques centrés sur Ségurant, enchanté au tournoi de Winchester et qui se met à pourchasser un dragon, qui n’est en fait que l’apparence prise par un démon…

Comme le remarquaient déjà Löseth à la fin du XIXème siècle ou Paton dans son édition des Prophéties de Merlin en 1926-1927, son histoire semble se continuer dans la version longue des Prophéties de Merlin, et dans toutes ses versions plusieurs prophéties du sage Merlin font allusion à la destinée de Ségurant, qui trouvera la tombe de Merlin, partira en Orient, où il sera couronné roi de Babylone et d’Abiron, se rendra à Jérusalem… Suivant Paton, Ernst Brugger, à la fin des années 30, concluait donc que Ségurant était une part centrale de la forme originale des Prophéties de Merlin. Les spécialistes remarquaient déjà qu’on retrouve aussi Ségurant dans la Queste 12599, dans une compilation « guironienne » rattachée à Rusticien de Pise, et des « versions alternatives » qui en descendent et réécrivent l’histoire du chevalier au dragon.

Cependant, le manuscrit de l’Arsenal est très tardif (1390-1403 pour Arioli) et le lignage des Bruns apparaissait dans le cycle de Guiron le Courtois, donc c’est généralement à l’univers guironien que la discipline rattachait Ségurant, dont les épisodes se trouvaient donc dans la tradition éclatée des Prophéties de Merlin et diverses compilations guironiennes dont la variété a de quoi étourdir les analystes. En 2009, Nathalie Koble attire à nouveau l’attention sur le manuscrit de l’Arsenal dans son examen des Prophéties de Merlin et un article consacré qui en détaille le contenu. Suivant ses travaux, et des analyses plus précises de Guiron le Courtois, Emanuele Arioli a réévalué la chronologie et les rapports de ces textes : puisque de nombreux éléments de la version cardinale sont attestés à la fin du XIIIe siècle, c’est celle-ci qui doit être la source de toute cette matière de Ségurant, directement ou après son intégration dans les Prophéties de Merlin dans les années 1270.

Dans ce (long) épisode, Merlin (Lays) et Maître Antoine reviennent sur les différents épisodes édités et traduits par Arioli, les questions soulevées par ses théories et celles de ses collègues.

De par la large étendue des textes couvert, cet épisode est (malheureusement) le plus long que nous ayons produit jusqu’ici, et avec celui-ci nous dépassons les 100 heures de Rex Quondam Rexque Futurus… L’occasion de vous remercier si vous nous écoutez encore !

Image : Ms. Arsenal 5229 fol. 151v.
RQRF 38 : Ségurant, le Chevalier au Dragon (et ce qui s’ensuit)

Sommaire

 0:00:00 Générique
 0:01:00 Actualités 
 0:10:45 Introduction 
 0:45:26 Version cardinale de Ségurant (ms. Arsenal 5229)
 2:06:00 Ségurant dans la version longue des Prophéties de Merlin (version compl. romanesque)
 2:24:00 Prophéties sur Ségurant (version compl. prophétique)
 Continuations et variantes de Ségurant hors des PdM
 2:43:00 Ségurant dans la Queste 12599
 3:06:00 La compilation de Rusticien de Pise
 3:10:10 Rusticien II / Aventures des Bruns : autre compilation attribuée à Rusticien
 3:17:30 Versions alternatives qui en dérivent
 3:21:34 Version alternative BnF 358
 3:23:30 Version de Londres-Turin
 3:26:33 Postérité de Ségurant, en Italie, Espagne, Angleterre…
 3:34:44 Inspiration de Ségurant : Siegfried/Sigurdr ?
 3:38:08 Quelques questions en suspens
 3:55:50 Conclusion 

Diagrammes pratiques, à consulter abondamment :

Annexes 

Quelques liens

RQRF 37 : Sir Gawain and the Green Knight

Classique indétrônable de la littérature anglaise, Sir Gawain and the Green Knight a été le fruit d’innombrables éditions, traductions, et commentaires, qui n’épuisent pas le charme de cette œuvre singulière, certainement le roman arthurien qui se distingue le plus dans la tradition anglaise. Un mystérieux chevalier, complètement vert, vient défier la cour d’Arthur à Noël avec un petit jeu : qui sera assez courageux pour lui porter un coup avec sa hache, à condition qu’un an après, il le lui rende ? Gauvain s’y colle et décapite le joueur, espérant peut-être échapper à sa riposte, mais il ramasse sa tête et repart… L’année suivante se termine, et Gauvain part à sa recherche, mais très proche de sa chapelle verte, il s’arrête dans un château très (trop) accueillant, où la femme du seigneur lui fait des avances très insistantes tandis que son mari est à la chasse — et notre héros a accepté un marché étrange : à la fin de chaque journée, ils doivent échanger ce qu’ils y ont gagné…

Cette reprise du « jeu du décapité » déjà croisé dans la Première Continuation, la Mule sans frein, Hunbaut et le Perlesvaus, la verdeur mystérieuse du chevalier, souvent interprété ensuite comme un symbole ou un esprit de la Nature, les scènes de chasse d’une vivacité poétique forte, entrecoupées du malaise et de la tentation propres à la séduction, la fin fort peu triomphante de Gauvain : tout se conjugue pour créer une aventure intrigante et inoubliable, malgré sa simplicité.

RQRF 37 : Sir Gawain and the Green Knight.
Gauvain décapite le Chevalier Vert (fol. 94v) et la femme de Bertilak vient le convoiter dans son lit (fol. 125r) dans l’unique manuscrit : BL Cotton Nero A10.

Sommaire :

0:00:00 Introduction et actu : vidéo Ségurant, Pendragon Cycle.
0:24:33 Sir Gawain and the Green Knight 
0:26:50 Editions et traductions de SGGK disponibles
0:49:00 Présentation de SGGK 
0:51:25 Versions précédentes du "Jeu du décapité"
0:57:00 Résumé de Sir Gawain and the Green Knight
1:00:00 Partie I
1:15:35 Partie II
1:26:20 Partie III
1:43:30 Partie IV  
2:01:30 Conclusion

Notes :

Editions utilisées :

Ségurant, le Chevalier au Dragon : roman arthurien « retrouvé » ?

Vient de paraître l’édition et surtout la traduction du roman arthurien de Ségurant, chevalier au dragon, enfin retrouvé. Mais qu’est-ce que ça implique de « retrouver » un tel texte médiéval ? Rassembler des morceaux ? Comment ? Que savait-on de Ségurant auparavant ? Pourquoi ne l’avait-on pas édité ? Ho, ho, ho, quelques pistes pour répondre à toutes ces questions, et d’autres encore, dans cette petite aventure philologique qui vient de tomber sous le sapin. 🧙‍♂️🐉👑🎪

🧙‍♀️📚🧙‍♂️ SOMMAIRE 🧙‍♀️📚🧙‍♂️

0:00:00 Introduction : un roman perdu et retrouvé ?
0:10:35 Branche 1. La version cardinale et le manuscrit de l’Arsenal
0:22:34 Branche 2. Ségurant Reloaded : Les versions complémentaires et alternatives
0:39:14 Branche 3. Ségurant Revolutions. Les 28 manuscrits et les Ur-Prophéties
0:53:02 Qu'est-ce qu'on en savait avant ?
1:09:37 Branche 4. Espèce de petit malin, si c’est si facile que ça pourquoi est-ce que personne ne l’a édité avant ?
1:24:23 Branche 5. Le syndrome d’Indiana Jones
1:31:45 Branche 6. Quelques périls de la Forme-Documentaire
1:43:51 Conclusion : Le côté d’Arthur et le côté de Merlin
1:46:23 Debrief post-conclusion
1:53:34 Envol 

🧙‍♂️🐉🧙‍♀️ POUR ALLER PLUS LOIN 🧙‍♂️🐉🧙‍♀️

🐉 Texte de l’épisode, incluant sources, références, liens quand disponibles en ligne :

Addenda et Errata

  • 3’00 : l’édition de Guiron le Courtois du Groupe Guiron a publié des textes de raccord en 2022, mais il lui reste encore à publier la Continuation Meliadus et la Suite Guiron.
  • 29’00 : Oublié : Arioli pointe dans son étude que Delay et Roubaud se seraient appuyés sur l’index de l’ouvrage de l’étude de Lathuillère sur Guiron le Courtois mais ce n’est clairement pas le cas. On y trouve certes mention du dédoublement du père de Ségurant mais la numérotation des Hector n’est pas la même, et surtout ça ne mentionne pas l’aventure de la Tour aux Chevaliers de Cuivre, qui vient des Prophéties de Merlin… Le passage de Graal-Théâtre dérive donc clairement de l’index des romans arthuriens en prose, ou d’une entrée analogue.
  • 30’06 : L’apparition de Ségurant dans la Tavola Ritonda pourrait émaner d’un flottement dans la tradition manuscrite ? Il prendrait ainsi la place de Branor, qui joue parfois le rôle du Vieux Chevalier. (e.g. BnF) mais un passage qui mentionnait « Branor l’oncle de Ségurant le Brun » aurait été télescopé pour attribuer l’épisode à Ségurant ? Mais le livre de Garner et son compte-rendu par Loth mentionnent ainsi qu’il n’a rien de commun avec le Ségurant du Palamèdes [=Guiron le Courtois] et des Prophéties de Merlin, montrant qu’il est déjà connu comme un personnage présent dans ces deux traditions.
  • 34’28 : Lays dit que Ségurant sur la quintaine se retrouve dans la Queste 12599 mais, sauf erreur, le texte mentionne seulement qu’il a remporté le tournoi de Vincestre, et pas la quintaine. Parmi d’autres scènes du tournoi de Vincestre, on y mentionne par ailleurs le fait qu’il évite le combat avec Lancelot sur demande de la Dame du Lac, et qu’il a été désensorcelé lors de la scène du Siège Périlleux. En fait pour résumer les éléments de la version cardinale qu’on trouve déjà dans des textes qu’on peut plausiblement dater au XIIIe siècle on trouve :
    • La pierre précieuse du pavillon de Ségurant (discutée dans certaines des prophéties des Prophéties de Merlin)
    • Ségurant vainqueur du tournoi de Vincestre (Rusticien, BnF 12599)
    • Personne n’arrive à le renverser sur la quintaine (Rusticien)
    • Ségurant poursuit le dragon (Prophéties de Merlin, Rusticien, BnF 358, etc.)
    • Il l’a vu dévorer de nombreux chevaliers (Prophéties de Merlin)
    • Il est enchanté (Prophéties de Merlin, BnF 12599)
    • Il sera désensorcelé au début de la quête du Graal (Prophéties de Merlin, BnF 12599)
    • La Dame du Lac ne veut pas qu’il se batte avec Lancelot (Rusticien, BnF 12599)
    • Un jeune écuyer d’Irlande veut être adoubé par Ségurant → donnera le personnage de Golistan dans les Prophéties de Merlin.
    • L’enchantement de Méléagant, et d’une centaine de chevaliers par la demoiselle de Pommeglois et leur libération par Ségurant, cohérent entre version cardinale et Prophéties de Merlin.
  • … Ce qui veut dire qu’à la fin du XIIIe siècle il existait une « matière de Ségurant » qui inclut des éléments clés de la version cardinale, qui, pour Arioli, est le seul des textes qui nous reste qui peut prétendre être la source des autres. Bien sûr, ces liens sont toujours à double tranchant, il serait possible d’envisager que le compilateur du manuscrit de l’Arsenal ait trouvé tous ces éléments et décidé de les synthétiser et combler les trous… Mais il resterait la question d’où viennent ces épisodes en premier lieu (et donc une autre source perdue) surtout que si on nous raconte qu’un chevalier est le meilleur du monde, c’est généralement dans une œuvre qui lui est consacrée… En estimant que les Ur-Prophéties devaient contenir une partie des épisodes de la version cardinale, Damien de Carné (2022) rejoint Paton.
  • 41’12 : Le schéma est en fait mal étiqueté, la partie orange notée « version complémentaire romanesque » devrait en fait renvoyer aux épisodes romanesques contenus dans les Prophéties de Merlin en version longue (tournoi de Sorelois, guerre contre les Saxons etc.) qui incluent aussi les huit épisodes de la « version complémentaire romanesque. En un mot, le manuscrit de l’Arsenal a coupé tous ces épisodes et les a remplacés par la « version cardinale », les deux n’ont en commun que « l’intrigue prophétique » autour de Merlin et ses prophéties, et la version courte des PdM s’est encore plus recentrée sur les prophéties, tout en gardant cependant quelques épisodes romanesques, comme l’épisode II de la version cardinale, avec les prophéties faites à Galehaut le Brun.
  • À 46’10, Lays remarque que le matériel composant les « Ur-Prophéties » a déjà été presque intégralement décrit dans l’édition Paton (1926-1927) — Pour illustrer ça, voici deux documents où Lucy Allen Paton regroupe :
    • les épisodes propres au manuscrit de l’Arsenal 5229 (= version cardinale)
    • presque tous les épisodes des deux versions complémentaires (il manque 3 prophéties, trouvées ailleurs)
  • …cependant pas en ce qui concerne le Bodmer 116, qui a quelques épisodes finaux supplémentaires en plus du ms. de Rennes — Arioli dit vouloir éditer le « Livre de Tholomer », d’ailleurs. Arioli ajoute aussi trois prophéties de Merlin sur Ségurant qui n’étaient pas chez Paton, dans le ms. de Chantilly, l’édition de Vérard ou l’Historia di Merlino. (voir le PDF ci-dessus) Un autre apport de l’édition d’Arioli se trouve sur la chronologie plus fouillée, notamment sur quels éléments pourraient remonter au XIIIe siècle. En outre, le fait que Paton mentionne une hypothèse en passant ne signifie pas tant, il fallait bien que quelqu’un rouvre le dossier.
  • 48’03 : Dans son étude de 2016, Arioli disait « Bien que la cohérence et la cohésion ne  soient pas des critères irréfutables […], nous supposons que la “version cardinale” est un bloc monolithique » (2016:25) et dans les faits il la traite souvent ainsi, expliquant qu’un roman perdu de Ségurant pourrait y correspondre, puisque sa trame a été intégrée au chausse-pied dans les Prophéties de Merlin, et semble ne pas vouloir pousser la reconstruction plus loin, en supposant ce qui pourrait y manquer, ou ce qui aurait été rajouté par le compilateur des Prophéties de Merlin ou du manuscrit de l’Arsenal. Cependant, il lui arrive de supposer des épisodes supplémentaires ou perdus. On renvoie aux chevaliers enchantés par Sibylle, épisode dont on ne dispose pas mais qui fait penser à ceux qui ont été enchantés par la dame de Pommenglois, au service de Morgane, donc Arioli postule qu’il s’agit d’un véritable épisode perdu, qui était dans la version cardinale après son interruption dans le ms. de l’Arsenal. À l’inverse, l’épisode II consiste surtout en des prophéties annoncent et récapitulent les épisodes environnants, ce qui serait redondant, Arioli postule donc qu’il a dû être rédigé comme un raccord entre l’intrigue prophétique et la version cardinale (Étude 2019:50-51) et donc qu’il ne devrait peut-être pas être inclus avec, mais il l’y a maintenu car ça permet un texte plus suivi. Le manque de raccord entre le naufrage introductif et la suite de l’histoire pourrait d’ailleurs laisser penser à des théoriciens au scalpel facile qu’il existait en fait séparément, et ne faisait pas partie de la même source que les aventures suivantes.
  • 1h03’52 : Le manuscrit Bodmer 96-1/2 n’était pas consultable (Lathuillère 1966, Bogdanow 1967:328). C’est seulement en 1970 que Lathuillère fut autorisé à le consulter. Description dans « Le manuscrit de Guiron le Courtois de la Bibliothèque Martin Bodmer, à Genève », in Mélanges Jean Frappier (1970), II, p. 567-574. Il y mentionne “comment Seguran le brun fit quintaine” (p. 573, 96-2 fol. 273c) et le combat de Galehaut et Ségurant contre les géants. (p. 570, 96-1 fol. 54a) La description standard de Françoise Vielliard, Manuscrits Français du Moyen Âge, Cologny-Genève, 1975, pp. 61-66 mentionne aussi : “Titre [fol. 273c]: Comment Seguran le brun fu quintaine a tous les chevaliers du tournoiement qui fu des chevaliers errans [Rubr.] Texte. Début Çavoir vous fait li contes que quant messire Segurant [fol. 273c] : le brun, li chevaliers au dragon, ot veu que au tornoiement de Vincestre…” (p. 66)
  • 1h21’45 : D’ailleurs Carné parle d’éditer la version particulière BnF 750/12599 des aventures du Chevalier à la Cote Mal Taillée (2021).
  • 1h36 : Lays pense au documentaire de Kenny Scott, Secrets of the Dead, King Arthur’s Lost Kingdom (2019) traduit et diffusé sur Arte en janvier 2020.

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RQRF 36 : Les Morts d’Arthur allitérative et stanzaïque

Avec ces deux « Morts d’Arthur », la tradition anglaise adapte La Mort le Roi Artu (RQRF 17) à sa sauce, déjà en la séparant du Lancelot-Graal, mais aussi en réintégrant des éléments de la « tradition historique » de Geoffrey de Monmouth (RQRF 3) et ses continuateurs Wace et Layamon (RQRF 4).

La Morte Arthure stanzaïque (ou strophique) suit d’assez près la trame de son modèle français mais, privé des monologues intérieurs de la prose française, Lancelot se retrouve encore plus idéalisé comme le modèle courtois par excellence. Par contraste, le texte souligne la passivité d’Arthur, entraîné par les actions des autres, surtout Gauvain et son animosité contre Lancelot. Ses strophes rythment solennellement les batailles finales du royaume arthurien, avec quelques twists.

La Morte Arthure allitérative se démarque davantage. Cette forme de poésie qui repose sur l’allitération, la répétition de sons similaires (plutôt que la rime, par exemple) l’inscrit dans une ancienne tradition propre à la langue anglaise. L’histoire s’affranchit bien davantage de ses modèles antérieurs. Retour à Geoffrey, Wace et Layamon : les campagnes d’Arthur sur le continent, qui mènent à sa chute, n’ont plus de lien avec Lancelot, ce dernier étant un simple lieutenant, aucune relation avec Guenièvre en vue. Mais Arthur ne se satisfait pas d’avoir réglé son compte à Rome, il se déchaîne contre les habitants de la Toscane, projette de reconquérir la Terre Sainte, s’imagine presque en souverain du monde entier… quand la trahison de Mordred le ramène à la réalité, et en Grande-Bretagne.

Variations sur les thèmes connus de la chute du royaume arthurien, qui n’en finit plus de chuter, ils ont pourtant durablement marqué le verbe arthurien. Ce Lancelot très-courtois, cet Arthur particulièrement orgueilleux seront notamment repris par Thomas Malory : la Mort allitérative inspire directement ses campagnes continentales au début du règne d’Arthur, et la Mort stanzaïque la conclusion de sa grande fresque. Avec « l’anglicisation » contemporaine de l’Arthuriana, cela peut expliquer que leur sens de la formule, l’extériorité dramatique des déclamations de leurs chevaliers, soient devenus pour nous le langage de la légende arthurienne, peut-être plus encore que les vers fleuris de Chrétien de Troyes…

RQRF 36 : Les Morts d’Arthur anglaises, allitérative et stanzaïque.
Roue de la fortune illustrant La Mort le Roi Artu (version du Lancelot-Graal cette fois), Ms. British Library Add. 102 92-4, fol 89.

Sommaire :

0:00:00 Introduction
0:15:15 Editions des textes utilisées
0:26:50 La Mort d'Arthur Stanzaïque (ou Strophique)
1:17:30 La Mort d'Arthur Allitérative

Notes :

0:39:45 Sur le procès de Guenièvre, dans la Mort Artu on lui aurait coupé la tête plutôt que la brûler. Mais la Morte Arthure stanzaïque rajoute effectivement la torture des coupables.
0:40:45 Hector des Mares est effectivement engendré par Ban au château des Mares, grâce à un enchantement de Merlin, dans la Suite-Vulgate. (RQRF 18, cf. Sommer II.405 pour le texte)

Editions utilisées :

RQRF 35 : Introduction à la tradition arthurienne anglaise

Entorse à la chronologie ! Il reste beaucoup d’œuvres françaises à passer en revue, mais les plus importantes sont longues, tortueuses, et souvent pas traduites… Antoine et Lays vont donc bientôt aborder les romans anglais, qu’on trouve dans les siècles suivant le foisonnement du treizième siècle français auquel nous sommes habitués. Après une petite actualité (un peu enrhumée, c’est d’actualité), ils présentent quelques chroniques anglaises, notamment le Prose Brut, ou les Metrical Chronicles, qui reprennent la tradition “historique” de Geoffrey de Monmouth (RQRF 3) ou du Brut de Layamon (RQRF 4), avant ça la seule œuvre anglaise majeure que nous avions examinée. De même quelques adaptations et traductions sont abordées. Pas de grand roman, de grandes aventures résumées point par point dans cet épisode, mais plutôt un passage en revue du contexte anglais dans lequel arrivent les Morts d’Arthur et les romans centrés sur Gauvain, que nous allons examiner en cette fin d’année.

RQRF 35 : Introduction à la tradition anglaise (chroniques etc.)
Illustration : Prose Brut Chronicle of England, England, 2nd or 3rd quarter of the 15th century, Harley MS 1568, f. 1.

Sommaire

0:03:46 Actualité : adaptation de The Winter King
0:10:20 Design par comité vs. vision côté arthurien moderne 
0:20:10 Actualité : Les RQRF Awards
0:35:40 Introduction à la tradition arthurienne anglaise 

Notes :

RQRF 34 : Le Roman de Silence

(Enregistré en 2022). Dans un royaume où les filles ne peuvent plus hériter, un couple décide d’élever leur fille comme un garçon. Leur enfant, Silence (nommé car il doit garder le silence sur son secret) deviendra un chevalier exemplaire de Cornouailles, mais l’époque est post-arthurienne, la cour d’Arthur ne se rappelant vraiment à nous que quand Silence doit capturer Merlin, suivant un scénario déjà trouvé dans la Suite-Vulgate (RQRF 18)…  Préservé dans un seul manuscrit, qui contient aussi la Vengeance Raguidel (RQRF 26), le Roman de Silence part de cette situation pour tisser une réflexion plus large sur la part de la Nature et de l’Education dans la formation du caractère, qui a évidemment suscité l’intérêt des gender studies.

RQRF 34 : Le Roman de Silence
Image : WLC.LM.6, Roman de Silence, f. 203r. (Source)

Traductions utilisées :

  • En français : trad. Florence Bouchet in Romans d’Amour et de Chevalerie, coll. Bouquins, pp. 459-557.
  • En anglais : trad. Sarah Roche-Mahdi, Silence: a thirteenth-century French romance (1992)

Liens

Sur le motif de la fille-soldat, discuté en introduction, d’après Catherine Velay-Vallantin, L’histoire des contes (1992) et . La Fille en Garçon (1992) :

Livres arthuriens « récemment » parus :