RQRF 32: Le Chevalier aux Deux Épées et Hunbaut

Suivant le Conte du Graal de Chrétien de Troyes (RQRF 7), il est courant de voir des romans centrés sur Gauvain, partageant la vedette avec un autre chevalier — typiquement dans Méraugis de Portlesguez, La Vengeance Raguidel (RQRF 26) ou Gliglois (RQRF 30).

En miroir du nouveau venu, qui doit apprendre les codes de la chevalerie et faire ses preuves, Gauvain, le chevalier accompli, est souvent mis dans des situations dont il est impossible de se tirer courtoisement, ou encore accablé par sa réputation, bonne ou mauvaise.

Le Chevalier aux Deux Épées suit ce schéma classique, mais s’ouvre sur une étrange scène : en allant y chercher des fers à bestiaux (destinés au Roi Arthur) la jeune dame Lore de Caradigan assiste à l’enterrement du chevalier Bléhéris dans une chapelle enchantée. Cela lui permet de récupérer son château à Ris d’Outre-Tombe, mais elle a aussi ceint l’épée du chevalier et seul un chevalier aussi preux que lui pourra la lui enlever.

À la cour d’Arthur arrive un ancien écuyer de Gauvain qui souhaite être adoubé : Mériadeuc. Il est en fait le fils de Bléhéris mais ignore son propre nom… Quand il arrive à retirer l’épée de Lore, Keu le surnomme alors logiquement le Chevalier aux Deux Épées. Il en obtiendra même une troisième, couverte de sang, qui lui permettra de soigner un chevalier blessé.

Pendant ce temps, Brian des Îles en veut à Gauvain car la dame qu’il convoite n’a d’yeux que pour lui. Il l’attaque lors d’une balade matinale, désarmé, le blesse grièvement et le laisse pour mort, racontant partout qu’il est décédé. Une fois remis, Gauvain part à sa recherche pour rectifier ça.  Sa réputation continue à lui jouer dans tours quand il libère un châtelain et s’aprête à passer la nuit avec sa fille, mais celle-ci se dit triste car elle voulait garder sa virginité pour… Gauvain. Elle ne le croit pas quand il affirme être Gauvain et le croit encore moins quand Gauvain respecte son refus. Il semble avoir une réputation de violeur…

Pendant ce temps Mériadeuc échappe à la cour d’Arthur et combat les troupes de Brian de la Gâtine, qui assiège les terres de sa famille. Gauvain l’y aide en libérant la ville de Tygan, où la mère de Mériadeuc est assiégée, mais on découvre progressivement que c’est en fait Gauvain qui aurait tué Bléhéris, le père de Mériadeuc.

Dans Hunbaut, par contre, le schéma est renversé. Gauvain doit s’aventurer sur une île qui n’est pas soumise à l’autorité d’Arthur, mais alors que Hunbaut, qui l’accompagne, en connait les usages, Gauvain commet impair sur impair et outrage le seigneur de l’île.

À son retour, Gauvain devra secourir sa soeur, enlevée peu après leur départ, et rencontrer une demoiselle tellement amoureuse de lui qu’elle a fait scultpter une statue à son effigie dans sa chambre…

Que ce soit dans Hunbaut, qui est inachevé, ou Le Chevalier aux Deux Épées, qui est peut-être trop achevé, on retrouve beaucoup de motifs arthuriens familiers. Hunbaut met en scène le motif du “tu me décapites, puis je te décapite” de la Première Continuation (RQRF 8) ou de La Mule sans frein (RQRF 19) — et qu’on retrouvera plus tard au centre de Gawain and the Green Knight. Le Chevalier aux Deux Épées semble reprendre sa scène de la chapelle maudite du Perlesvaus (RQRF 11) mais rendue plus ou moins incompréhensible…  Gauvain est assailli par sa réputation : on raconte qu’il est mort (comme dans L’Âtre périlleux (RQRF 30)), il est accusé de meurtre (comme dans le Conte du Graal) et il reste “l’idole inconnue” (pour reprendre le titre de Stoyan Atanassov) : une dame amoureuse de lui ne le connait que par un portrait, il a une réputation de violeur (comme dans la Première Continuation (RQRF 8)). 

Deux romans presque opposés mais qui, malgré leurs diverses aventures et perspectives morales de leurs auteurs, contribuent tous les deux à construire et remixer le caractère des personnages qu’ils partagent: ici, Gauvain, le “bon chevalier”, dont on en vient à se demander s’il est si bon que ça…

RQRF 31 : Le Lanzelet d’Ulrich von Zatzikhoven et la tradition allemande

Antoine et Lays se sont surtout concentrés sur les oeuvres françaises, mais la légende arthurienne a très vite été traduite dans d’autres langues, et dans cet épisode, enregistré à distance de par les circonstances, on discute un peu plus des productions d’Outre-Rhin.

Après quelques mots sur Hartmann von Aue, qui avec ses Erec et Iwein fut le premier à y adapter les oeuvres de Chrétien de Troyes (RQRF 5-7) avant même le Parzival de Wolfram von Eschenbach (RQRF 20), ils discutent de Wigalois ou le Chevalier à la Roue de Wirnt de Grafenberg, une oeuvre qui commence très proche du Bel Inconnu de Renaud de Beaujeu (RQRF 23), car Wigalois naît de l’union de Gauvain avec une fée.

Le gros morceau de cet épisode sera cependant le Lanzelet de Ulrich von Zatzikhoven, datant du début du treizième siècle, particulièrement intéressant car il nous présente un portrait de Lancelot très différent de celui de Chrétien de Troyes (RQRF 6). Par exemple, il se marie quatre fois (!) sans que sa femme précédente soit ensuite divorcée ou même mentionnée, jusqu’à ce qu’il finisse avec la belle Iblis. D’ailleurs, Guenièvre est bien enlevée dans ce roman, une tradition qu’on trouvait déjà dans d’anciennes vies de saints, mais Lanzelet n’est pas dans une relation amoureuse avec elle, et ne participe pas tant à sa rescousse. Par ailleurs, on y retrouve déjà le début du Lancelot en Prose (RQRF 15) qui n’était pas chez Chrétien : le royaume du père de Lanzelet est ravagé par une révolte de ses barons, et l’enfant est recueilli par une fée sous-marine. Tout cela laisse penser qu’on a là une trace de la tradition originelle de l’histoire de Lancelot, qui a pu influencer aussi bien les cycles en prose qu’Ulrich, mais que Chrétien aurait laissé de côté pour raconter son histoire d’amour courtois.

Rex Quondam Rexque Futurus 31 : Le Lanzelet d’Ulrich von Zatzikhoven et la tradition allemande (avril 2020)

Comme le souligne Danielle Buschinger, on remarque cependant que ce roman tient tout du « patchwork », une « recréation » post-classique, qui enchaîne des motifs connus sans toujours leur donner le poids requis : un test de vertu grâce à un manteau qui change de forme (comme dans le Lai du Mantel, RQRF 25) ; une femme changée en dragon et qui doit être libérée par un baiser (comme dans le Bel Inconnu)… Dans ces péripéties colorées, Lanzelet « ne traverse jamais de crise », les épreuves l’effleurent sans le bousculer. Mais le merveilleux allemand y prend aussi une saveur différente, le roman invoque la magie avec un peu moins de timidité : Arthur ira ainsi demander son aide à l’enchanteur Malduc pour récupérer Guenièvre, et quand en échange il aura fait Erec et Gauvain (ou Walwein) prisonniers, on s’aidera d’Esealt le Long, un géant qui grandit d’un empan tous les mois, pour assaillir le château du sorcier. Loin du cœur contrarié du Lancelot français, l’adultère par excellence, déchiré par son amour pour sa reine, ce Lanzelet nous montre cependant une autre tradition, une variation intéressante, aidé en ça par un vrai goût pour la féerie.

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

Neidhart von Reuental (première moitié du XIIIème siècle)
Owê dirre nôt
Drew Minter (contre-ténor) & Mary Springfels (viole de gambe)

Richard Rodgers (1902–1979) et  Oscar Hammerstein II (1895–1960)
Oklahoma!: I Cain’t Say No
Ali Stroker

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Don Giovanni K. 527: Ouverture
John Eliot Gardiner & The English Baroque Soloists

RQRF 30 : Gliglois et L’Âtre Périlleux

Suivant Chrétien de Troyes, les romans arthuriens du XIIIe siècle ont souvent soit Gauvain pour héros — comme dans La Mule sans frein ou Le Chevalier à l’Épée (RQRF 19) — soit lui font partager la vedette avec un autre chevalier, privilégié par le romancier —comme dans Méraugis de Portlesguez (RQRF 26). Dans cet épisode, Antoine et Lays en examinent deux.

Rex Quondam Rexque Futurus 30 : Gliglois et L’Âtre Périlleux (mars 2020)

Dans le court roman de Gliglois, on voit une dame très belle, logiquement nommée, Beauté, repousser l’amour de Gauvain, comme celui de Gliglois, jeune chevalier de son équipage qui est aussi tombé amoureux d’elle. Elle semble le honnir et le tourmenter, mais c’est en fait une épreuve pour tester son amour… À la fin, Gauvain bénira tout de même leur union.

Dans L’Âtre Périlleux, par contre, Gauvain est pleinement le héros, et s’il n’a pas lui-même d’intrigue amoureuse dans cette histoire, il réunit à la fin la plupart des chevaliers qu’il croise à la dame de leur désirs (en forçant même l’un d’entre eux à lui rester fidèle). Tout commence quand Escanor de la Montagne le déshonore en enlevant une dame qui s’était mise au service de la cour d’Arthur. Il le pourchasse, mais croise des dames qui se lamentent autour d’un écuyer, les yeux crevés, qui affirme avoir vu Gauvain être démembré. En réalité c’est seulement un chevalier qui portait des armes similaires aux siennes, tué et dépecé par l’Orgueilleux Faé et Gomeret le Desréé (déréglé ou démesuré), jaloux que les dames qu’ils convoitent leur préfèrent Gauvain et Perceval. Cependant, à cause de cela, il semble que Gauvain perde son nom, et ne se nommera plus que Le Chevalier Sans Nom, jusqu’à ce qu’il ait percé à jour ce qui s’est produit…

En chemin, il libère une dame prisonnière d’une tombe dans un cimetière maudit (ledit Âtre Périlleux) et dont un démon abuse chaque nuit. On y apprend que la mère de Gauvain, une fée, avait prophétisé qu’Escanor était le seul chevalier qu’elle n’était pas sûre que Gauvain puisse vaincre. Signe de sa puissance, suivant le moment de la journée, la force d’Escanor se démultiplie, un trait généralement attribué à Gauvain lui-même. Dans cette quête pour rencontrer celui qui pourrait mettre fin à ses jours et récupérer son nom en prouvant qu’il est bien vivant, Gauvain devra aussi défaire le sadique roi de la Rouge Cité, croisera des noms familiers comme Espinogrès ou Raguidel de l’Angarde, et aidera Cadret dont la bien-aimée a été promise à un autre contre son gré. Privé de son nom, Gauvain est ici pleinement « l’idole inconnue » (pour reprendre le titre du livre de Stoyan Atanassov) : tout le monde l’invoque et connaît ses exploits, mais on ne le reconnaît pas.

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

Archie Fisher
The Witch of the West-Mer-Lands
The Man With a Rhyme

Franz Liszt (1811-1886)
Eine Faust-Symphonie in drei Charakterbildern, S. 108 : 3. Mephistopheles
Leonard Bernstein & Boston Symphony Orchestra

RQRF 29 : Le Roman de Fergus et le Roman du Roi Yder

Pour la reprise de 2020, Lays et Antoine examinent deux romans isolés du XIIIe siècle qui, en marge de la tradition des grands cycles en prose de Robert de Boron (RQRF 9-10), de la Vulgate (RQRF 15-18), du Tristan en Prose (RQRF 24) ou de la post-Vulgate (RQRF 27-28) se concentrent, comme le faisait Chrétien de Troyes, sur l’aventure d’un chevalier, dans une forme versifiée.

Rex Quondam Rexque Futurus 29 : Fergus et le Roman du Roi Yder (janvier 2020)

Dans le Roman de Fergus, aussi appelé Le Chevalier à l’Escu, Fergus est peut-être inspiré d’un personnage historique mais son histoire reprend surtout celle du Perceval de Chrétien (RQRF 7). Occupé à travailler la terre, Fergus voit passer un cortège de chevaliers du Roi Arthur qui revient de la chasse. Il veut immédiatement les rejoindre et abandonne sa charrue sur place. Alors que son père, un vilain, un roturier, voudrait le battre car il abandonne ses devoirs, sa mère, de plus noble extraction, soutient son ambition. On déterre une armure complètement rouillée d’un coffre, et le voilà parti à l’aventure… Comme Perceval, Keu le met à l’épreuve, en rigolant, de vaincre un ennemi redouté d’Arthur, ici le Chevalier Noir.

Une fois adoubé, il rencontre en chemin Galienne, la nièce du châtelain de Liddel, mais ne peut lui retourner son amour, avant d’avoir achevé sa quête. Il vainc le Chevalier Noir sans problèmes, mais quand il revient, Galienne a disparu… Après un an d’errance, il apprend que pour la retrouver il ferait mieux d’obtenir d’abord un écu projetant une lumière merveilleuse, gardé à Dunnottar par une vieille géante monstrueuse armée d’une faux, et par un dragon. Il apprend ensuite que Galienne est la nouvelle reine de Lothian mais qu’elle est assiégée à Roxburgh. Elle avait demandé de l’aide à la cour d’Arthur mais tous ses chevaliers étaient loin, cherchant Fergus. Fergus parviendra à vaincre les assaillants mais il disparaît ensuite, et Arthur devra organiser un tournoi pour qu’il refasse surface et puisse épouser Galienne, devanant roi de Lothian.

Le Roman du Roi Yder (Romanz du reis Yder) place sur le devant de la scène un très vieux personnage mais qui avait souvent un rôle très secondaire. Il apparaît ainsi sur l’archivolte de la Porta della Pescheria de la Cathédrale de Modène (~1120-1140) comme « Isdernus ». Yder était déjà mentionné par Cullwch ac Olwen (RQRF 2), peut-être notre trace la plus archaïque de récits arthuriens gallois, même s’il ne jouait pas de grand rôle dans l’histoire. Il faisait aussi une apparition chez Geoffrey de Monmouth (RQRF 3) et Wace (RQRF 4), dans le Lai du Court Mantel (RQRF 25), et, au début d’Erec et Enide de Chrétien de Troyes (RQRF 5), c’est lui qui outrageait Guenièvre quand son nain fouettait une de ses suivantes. Une histoire qui lui est régulièrement associée, et c’est le cas dans ce roman aussi, est d’avoir vaincu un ours en combat, ainsi dans la Folie Tristan de Berne (RQRF 13) ou dans La Vengeance Raguidel, où il venait aider Gauvain en battant l’ours du cruel Guingasoin. (RQRF 26)

Environ mille vers manquent au début du seul manuscrit connu, mais on peut assez facilement reconstituer le début de l’histoire. Yder ne connaît pas son père, qui avait seulement laissé à sa mère la moitié d’un anneau. À 17 ans il part à sa recherche. En chemin il tombe amoureux de la reine Guenloïe, qui ne veut apparemment pas s’engager dans une relation sans connaître son ascendance ou avant qu’il ait fait ses preuves. Yder sauve le Roi Arthur d’une mauvaise passe, mais celui-ci oublie de le remercier et manque à sa parole. Yder, déçu, va donc aider un des vassaux qu’Arthur assiège. Devant ses prouesses, Arthur finit par l’inviter à contre-coeur à la cour. Quand un ours fait irruption dans les appartements de Guenièvre, Yder arrive à le repousser, suscitant encore plus d’admiration, mais aussi une profonde jalousie de la part d’Arthur, qui commence à croire que Guenièvre l’aime. Au cours de ses aventures, Yder retrouve son père Nuc, « duc d’Allemagne ». Le portrait d’Arthur, déjà négatif, devient franchement maléfique quand, pour se débarrasser d’Yder, il l’emmène dans une expédition pour combattre des géants, où il espère qu’il mourra, et où Keu (qui avait déjà tenté de le tuer) finit par l’empoisonner. Heureusement, Yder survit, revient épouser Guenloïe, et est couronné roi par Arthur, qui ne le perçoit peut-être plus comme une menace maintenant qu’il est marié.

On reconnaît les motifs typiques de l’aventure chevaleresque immortalisés par chrétien et qu’on a déjà retrouvés dans Le Bel Inconnu (RQRF 23) par exemple : un héros part de chez lui, tombe amoureux d’une châtelaine mais ne peut s’adonner à son amour qu’une fois ses preuves faites, il combat géants et bêtes, sa victoire finale est scellée par un mariage et un couronnement… D’autres parallèles prêtent plus à rire : dans les deux romans on voit quelqu’un se battre avec des volailles en broche ! Sans forcément être parodiques (même s’ils sont parfois décrits comme tels) le burlesque des aventures de Fergus ou la malfaisance presque comique d’Arthur dans ces deux textes poussent en effet assez loin la tendance humoristique du roman de chevalerie.

  • Illustration de l’épisode : archivolte de la Porta della Pescheria de la Cathédrale de Modène. (photographie de Sailko sur Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)) Réalisé entre 1120 et 1140 environ, c’est une des premières traces datables de la légende arthurienne sur le continent, où l’on peut voir, de gauche à droite, Yder (Isdernus), Arthur (Artus de Bretanni), Durmart ? (Durmaltus), Guenièvre à priori (Winlogee), Caradoc (Carrado), Gauvain (Galvagin), Galvariun (non-identifié, peut-être un double de Gauvain vu le nom) et Keu (Che). Au sujet de cette sculpture arthurienne, et d’autres, voir l’article de Stiennon et Lejeune dans les Cahiers de Civilisation Médiévale.
  • Sources, liens, résumés.
  • Annexe : Tableau de romans arthuriens isolés (qui ne sont pas compris dans un cycle)

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

Gaelic Storm
The Bonnie Ship the Diamond
Gaelic Storm

Ludvig van Beethoven (1770-1827)
Egmont, Op. 84 : Overture
Jos van Immerseel & Anima Eterna Brugge

RQRF 28 : La Post-Vulgate (2/2) – La Queste del Saint Graal et la Mort Artu

Si une partie du cycle de la Post-Vulgate nous est parvenue en ancien français sous la forme de la Suite du Roman de Merlin (RQRF 27), sa Queste del Saint Graal et sa Mort Artu ne nous sont connues dans cette langue que par quelques fragments présents dans le Tristan en Prose (RQRF 24). Mais la conclusion du cycle nous est tout de même parvenue dans une intégralité relative par l’entremise d’autres langues romanes, à travers la Demanda do Sancto Graal portugaise et la Demanda del Sancto Grial castillane.

Dans cette conclusion plus ou moins résumée, la Queste, si elle reprend les grandes lignes de la version du Lancelot-Graal (RQRF 16), s’en distingue néanmoins par un ton beaucoup moins religieux, s’alignant sur le récit commencé par la Suite du Merlin, consacrant plus de place aux aventures de chevaliers tels que Palamède, Méraugis, ou Bliobéris, et peignant surtout un portrait beaucoup plus sanguinaire de Gauvain, qui y tue de nombreux chevaliers de la Table Ronde.

La Mort Artu, quand à elle, est plus proche de celle du Lancelot-Graal (RQRF 17), mais est réduite à l’extrême, expédiant les conflits avec Lancelot, l’Empereur de Rome et Mordred en quelques pages. Le pinacle est atteint avec la Demanda castillane, qui ne prend même pas la peine de dépeindre directement la mort de Mordred, qui n’y est d’ailleurs même pas le fait d’Arthur lui même! C’est après la mort du roi que l’originalité du cycle réapparait, avec une conclusion qui voit le Roi Marc ravager une dernière fois le royaume de Logres et détruire la Table Ronde, tandis que les derniers chevaliers d’Arthur deviennent ermites.

Si la Post-Vulgate a laissé très peu de traces en français, son influence n’a eu de cesse de s’étendre, puisqu’au delà de ses versions ibériques, c’est elle qui a servi de source principale à l’œuvre qui allait devenir la version « canonique » de la légende Arthurienne: Le Morte Darthur de Thomas Mallory.

Rex Quondam Rexque Futurus 28 : La Post-Vulgate (2/2) – La Queste del Saint Graal et la Mort Artu, version « Post-Vulgate » (décembre 2019)

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

Francesco Corbetta (vers 1615-1681)
Caprice di ciacona per la B
Rolf Lislevand & Ensemble Kapsberger

Matchbox Twenty
How Far We’ve Come
Exile on Mainstream

Leonard Bernstein (1918-1990)
Chichester Psalms: 1. Psalm 108:2 / Psalm 100
Leonard Bernstein, Israel Philarmonic Orchestra & Wiener Jeunesse-Chor

Robert Burns (1759-1796)
Auld Lang Syne
Paul Mealor & University of Aberdeen Chamber Choir

RQRF 27 : La Post-Vulgate (1/2) – La Suite du Roman de Merlin

Tout indique qu’entre 1235 et 1240 le Lancelot-Graal (RQRF 15 à 18)a subi un remaniement où l’on a tenté d’en harmoniser le ton et le sujet, qui a résulté en un nouveau cycle arthurien que nous connaissons de nos jours sous le nom de Post-Vulgate, attribué à un pseudo-Robert de Boron. Pour lui servir de pièce centrale fut composée une nouvelle suite du Merlin en prose, généralement appelée la Suite du Roman de Merlin, suite romanesque ou suite-Huth (d’après le nom du possesseur de l’un de ses manuscrits) pour la distinguer de la Suite-Vulgate du Merlin (RQRF 18) – préexistante, mais identifiée plus tard.

RQRF 27 : Post-Vulgate (1/2), La Suite du Roman de Merlin (novembre 2019)

De l’aveu même du narrateur, ce récit du début du règne d’Arthur cherche en fait à remplacer le Lancelot propre (RQRF 15), qui était trop long, et recentre donc le cycle sur Arthur, dont les exploits héroïques que relataient la Suite-Vulgate sont remplacés par un récit bien plus sombre et sceptique vis-à-vis de la chevalerie. La haine de Morgane n’y concerne plus seulement les amants Lancelot ou Tristan mais vise bien son frère le roi, qu’elle veut détrôner et tuer. L’inceste d’Arthur avec une autre de ses sœurs, engendrant ainsi Mordred, futur destructeur du royaume, souligne la fatalité, les rouages inévitables du destin. On ne prend même plus le temps de douter ou de s’émerveiller des prophéties qui parsèment le monde, et Merlin lui-même ne recule pas devant sa fin sordide…

La Post-Vulgate ne nous est pas parvenue sous une forme complète continue ou entièrement cohérente. L’Estoire del Saint Graal (RQRF 18) et le Merlin en Prose (RQRF 10), repris avec quelques altérations du Lancelot-Graal, forment avec la Suite du Roman de Merlin les deux premières parties de ce que le pseudo-Robert, revendique comme une trilogie. De son dernier volet, il nous est resté des versions particulières de la Quête du Graal et de la fin du royaume arthurien dans des versions portugaise et castillane, ainsi que quelques fragments du Tristan en Prose, comme nous le verrons dans le prochain épisode. Peu après la première publication du manuscrit Huth de la Suite, on y avait vu des correspondances avec ces versions ibériques, mais c’est bien à Fanni Bogdanow qu’il est revenu d’avoir plus récemment articulé une reconstitution de ce cycle, qu’elle baptise aussi le Roman du Graal. Là où les parties disparates du Lancelot-Graal ne parvenaient jamais à s’accorder sur leur tonalité, ici, tout a été mis au diapason crépusculaire de la Mort Artu

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

The Jetzsons
Hard Times
The Complete Jetzons

Felix Mendelssohn (1809-1847)
Symphonie n°3 en la mineur « Écossaise », op. 56 : II. Vivace non troppo
Jaime Laredo & Scottish Chamber Orchestra

Jason Webley (1974-)
Pyramid
Margaret

Carl Philip Emmanuel Bach (1714-1788)
Concerto pour violoncelle et orchestre en la majeur, Wq 172: III. Allegro assai
Roel Dieltiens & Orchestra of the Eighteenth Century

RQRF 26 : Méraugis de Portlesguez et La Vengeance Raguidel

Les manuscrits de Méraugis de Portlesguez nous disent qu’il est l’œuvre d’un certain Raoul de Houdenc, qui est probablement aussi le Raoul qui signe La Vengeance Raguidel.

Rex Quondam Rexque Futurus 26 : Méraugis et la Vengeance Raguidel (octobre 2019)

Méraugis de Portlesguez convoite l’amour de Lidoine pour ses vertus, et non pour sa beauté, contrairement à Gorvain de Cadruz qui veut l’affronter pour cela. Lidoine est sous le charme de Méraugis mais le début de leur relation est repoussé à un an plus tard, durant lequel Lidoine veut voir Méraugis faire ses preuves au cours d’aventures. Et justement, on réalise que, Gauvain n’est toujours par revenu de la quête de « l’Épée aux Estranges Ranges » annoncée dans le Conte du Graal (RQRF 7). On ne le sait pas mais Gauvain est en fait prisonnier d’une île où il doit combattre et tuer – ou être tué – par tous les chevaliers de passage. Méraugis part pour « l’esplumoir Merlin » où il espère retrouver sa trace, mais son aventure et celle de Lidoine croisera aussi à nouveau la route de Gorvain…

Dans La Vengeance Raguidel, le cadavre du chevalier Raguidel arrive de nuit à la cour d’Arthur par un bateau se mouvant tout seul, comme dans la Première Continuation (RQRF 8). Une lettre indique qu’il ne pourra être vengé que par celui qui parvient à enlever le tronçon de lance fiché dans sa poitrine – et qui se révèle être Gauvain – aidé de celui qui arrive à lui enlever ses cinq anneaux – c’est-à-dire Yder, mais qui disparaît avant que Gauvain le sache.  Oubliant la lance, Gauvain se bat d’abord contre un Chevalier Noir, avec qui il se réconcilie. Il est ensuite reçu incognito par une dame dont il a déçu l’amour jadis, et qui veut désormais le tuer avec une sorte de guillotine, comme dans le Perlesvaus (RQRF 11). Pour l’attirer dans son piège avant qu’il n’arrive par hasard, elle avait enlevé et torturé son frère Gaheriet. Après cela, Gauvain s’amourache de la belle Ydain, qui le déçoit par son infidélité, avec des scènes et une morale misogyne qui rappellent Le Chevalier à l’épée (RQRF 19). Gauvain retrouve enfin le bateau merveilleux, qui l’amène en Écosse. Là, il croise de nouveau Yder, avec lequel il espère pouvoir venger Raguidel, en vainquant le terrible Guingasouin, ses armes enchantées et son ours apprivoisé…

En plus de placer Gauvain dans un rôle de premier plan, comme La Mule sans frein ou Le Chevalier à l’épée (RQRF 19), ces deux romans du début du XIIIe siècle se rejoignent dans une référence appuyée à Chrétien de Troyes et ses continuateurs, un sérieux goût pour l’ironie et l’humour et une recombinaison inventive de motifs connus de la littérature arthurienne.

  • Le podcast Arthurian Mythia.
  • Illustration de l’épisode: composée à partir de fac-similés des miniatures de l’esplumoir Merlin et de la Carole enchantée dans le manuscrit de Vienne de Méraugis de Portlesguez, reproduits dans l’édition de Michelant.

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

Antonio Salieri (1750-1825)
Prima la musica e poi le parole: Sinfonia
Nikolaus Harnoncourt & Concentus Musicus Wien

Joe Dassin (1938-1980)
Siffler sur la colline
Joe Dassin (Les Champs-Élysées)

The Dead South
In Hell I’ll Be In Good Company
Good Company

RQRF 25 : Quelques lais bretons anonymes

A la suite de Marie de France (RQRF 14), d’autre poètes se sont attaqué au genre du lai breton. Ces courts textes en vers, racontant des aventures souvent merveilleuses qui auraient fait l’objet de lais lyriques composés par les anciens Bretons, entretiennent souvent une relation vague au reste de la matière de Bretagne.

Ainsi, les lais anonymes de GuingamorGraalent et Mélion reprennent des noms ou motifs déjà présents chez Marie de France, dans des lais tels que GuigemarLanval ou Bisclavret, en ôtant ou ajoutant à loisir des personnages comme Arthur, Guenièvre et Lancelot. Le Lai du Cor attribué à un certain Robert Biket, ainsi que le Lai du Court Mantel anonyme, témoignent eux d’un motif récurrent des légendes arthuriennes: l’arrivée à la cour d’un objet fantastique qui peut révéler l’infidélité des dames présentes, un sujet que l’on peut imaginer épineux dans un univers ou les triangles amoureux entre roi, reine et chevalier sont monnaie courante.

L’importance de l’amour courtois est d’ailleurs le sujet du Lai du Trot, qui en fait d’aventure relate une brève allégorie qui semble tout droit sortie du Perlesvaus (RQRF 11). Quand au Lai de Tyolet, il combine l’histoire de l’arrivée à la cour d’Arthur du fils d’une veuve dame très semblable à Perceval (RQRF 7) avec une chasse au cerf blanc proche de celle de la deuxième continuation du Conte du Graal (RQRF 8)…

Rex Quondam Rexque Futurus 25 : quelques lais bretons de plus (septembre 2019)
  • 0:00:00 Générique
  • 0:00:58 Introduction
  • 0:08:44 Éditions et traductions des Lais
  • 0:19:20 Lai de Guingamor
  • 0:26:17 Lai de Graelent
  • 0:33:06 Lai de Melion
  • 0:41:44 Interlude musical : RURA – Day One
  • 0:46:12 Lai du Cor (de Robert Biket)
  • 1:00:16 Lai du Court Mantel
  • 1:16:04 Lai du Trot
  • 1:20:47 Interlude musical : Orphée aux Enfers
  • 1:23:34 Lai de Tyolet
  • 1:34:30 Conclusion
  • 1:42:01 Musique finale

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

RURA
Day One
In Praise Of Home

Jacques Offenbach (1819-1880)
Orphée aux Enfers: Ouverture
Marc Minkowski & l’Orchestre de l’Opéra de Lyon

Mélodie de crwth (rote) traditionnelle
Dryw Bach
Emerald Rae

RQRF 24 : Le Tristan en Prose

La légende de Tristan et Iseult (abordée dans RQRF 13) était déjà connectée au reste de l’univers arthurien, mais de façon assez superficielle. Dans les années 1230, quelques fans de Tristan en ont eu marre qu’il fasse bande à part et composèrent le long cycle de Tristan en Prose où il rejoint vraiment la Table Ronde. On pourrait presque parler de Tristan-Graal, car Tristan participe aussi à la Quête du Graal, suivant la Queste du Lancelot-Graal (RQRF 16), et s’illustre le reste du temps dans des tournois, duels et course-poursuites entre chevaliers qui auraient parfaitement leur place dans le Lancelot Propre (RQRF 15).

Très populaire, le Tristan en prose a été consigné dans plus de 80 manuscrits qui présentent un tel nombre de variantes et de divergences que l’œuvre donne parfois l’impression d’un Livre Dont Vous Êtes Le Héros. Au point qu’il fallut 34 ans pour que Renée Curtis (1963-1985) puis une équipe dirigée par Philippe Ménard (1987-1997) démêlent cette pelote d’intrigues et que soit complétée l’édition en 12 volumes de sa version la plus courante.

La légende des amoureux maudits n’est pas seulement prolongée, puisqu’on note aussi quelques innovations. Parmi celles-ci, un long prologue sur les ancêtres de Tristan ou le fait que d’autres chevaliers deviennent amoureux d’Iseult – comme le beau-frère de Tristan, Kahédin, qui mourra de son amour insatisfait, ou Palamèdes, le preux Sarrasin et rival de Tristan. Ils passent beaucoup de temps à se lamenter auprès de fontaines dans la forêt, donnant lieu à plusieurs des poèmes chantés qui parsèment la prose. On perd aussi toute sympathie pour le roi Marc, devenu ici un félon meurtrier, dont les crimes sont rarement punis, et dont les victoires participent à une vision cynique et désabusée du monde de la chevalerie.

Quelque peu sous-estimé par la critique moderne – quand elle n’a pas simplement été découragée par la complexité de la tradition manuscrite – ce roman a pourtant eu une grande influence. Il partage des épisodes avec la Post-Vulgate, un remaniement du Lancelot-Graal, même si le lien entre les deux reste discuté aujourd’hui. Il sera aussi beaucoup repris en italien (Tavola RitondaTristano RiccardianoTristano Panciatichiano…) avant de former la base des chapitres sur Tristan de la très influente Morte Darthur (~1469) de Thomas Malory, et d’être régulièrement réimprimé aux XVe et XVIe siècles. Alors qu’une nouvelle traduction est en cours de publication, c’est l’occasion de le redécouvrir dans le – prévisiblement – plus long épisode de Rex Quondam Rexque Futurus

Rex Quondam Rexque Futurus 24 : Le Tristan en Prose (juillet 2019)

[Mise à jour : deux tomes sur cinq de la traduction en français moderne du Tristan en prose ont pour l’heure (2020) été publiés par les éditions Anacharsis]

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

Stan Rogers (1949 -1983)
Oh, No, Not I
Turnaround

Thibaut IV de Champagne et Ier de Navarre (1201-1253)
Seignor, sachiez, qui or ne s’an ira
Guy Robert & l’Ensemble Perceval

Stan Rogers (1949 -1983)
Northwest Passage
Northwest Passage

Hector Berlioz (1803 -1869)
Neuf mélodies, « Irlande », op. 2: IV. La Belle Voyageuse
Véronique Gens, Louis Langrée & l’Orchestre de l’Opéra National de Lyon

RQRF 23 : Le Bel Inconnu de Renaud de Beaujeu

Dans le premier tiers du XIIIème siècle, Le Bel Inconnu, attribué par son manuscrit à un certain Renaud de Beaujeu, reprend, comme le Roman de Jaufré (RQRF 21), la tradition du roman arthurien en vers initiée par Chrétien de Troyes. Contrairement aux continuateurs de Chrétien, ou aux auteurs des grands cycles en vers ou en prose, Renaud de Beaujeu ne cherche pas à intégrer son récit dans une fresque plus vaste, mais préfère explorer le genre et ses figures imposées: les romans de Chrétien fournissent ainsi une première base aux aventures du titulaire Bel Inconnu, dont l’anonymat, calqué sur celui de Perceval, dissimule en fait Guinglain, fils caché de Gauvain et d’une fée. Mais Renaud de Beaujeu n’assemble pas simplement un patchwork des tropes de son illustre prédécesseur: il les retourne et les transforme, bâtissant une œuvre unique, étrange et intrigante, tout à fait différente de celles de ses contemporains.

Ignorant tout de son identité, son héros titulaire commence sa quête à la cour du roi Arthur, qu’il quitte bien vite pour aller sauver la Blonde Esmérée, fille du roi du Pays de Galles, retenue prisonnière dans sa cité ruinée par un enchanteur maléfique. En chemin, il devra affronter bien des défis pour prouver sa valeur, avant de pouvoir apprendre qui il est vraiment et sauver celle à qui il semble promis. Le plus grand obstacle sur son chemin, toutefois, ne sera pas une épreuve de force, mais plutôt l’amour d’une autre: la Pucelle aux Blanches Mains, reine de l’Île d’Or et magicienne aux pouvoirs prodigieux…

Rex Quondam Rexque Futurus 23 : Le Bel Inconnu (juin 2019)

Musique

Benjamin Britten (1913-1976)
Suite from King Arthur (Arr. Hindmarsh): I. Overture (Générique)
Richard Hickox & BBC Philarmonic Orchestra

Claude Le Jeune (1528-1600)
Le Printemps: I. Revecy venir du Printans
Denis Raisin-Dadre & Ensemble Doulce Mémoire

Vampire Weekend
Bambina
Father of the Bride

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Sérénade n° 9 en ré majeur K.320 « Posthorn »: III. Presto
Jaap Schröder, Christopher Hogwood & Academy of Ancient Music