Ségurant, le Chevalier au Dragon : roman arthurien « retrouvé » ?

Vient de paraître l’édition et surtout la traduction du roman arthurien de Ségurant, chevalier au dragon, enfin retrouvé. Mais qu’est-ce que ça implique de « retrouver » un tel texte médiéval ? Rassembler des morceaux ? Comment ? Que savait-on de Ségurant auparavant ? Pourquoi ne l’avait-on pas édité ? Ho, ho, ho, quelques pistes pour répondre à toutes ces questions, et d’autres encore, dans cette petite aventure philologique qui vient de tomber sous le sapin. 🧙‍♂️🐉👑🎪

🧙‍♀️📚🧙‍♂️ SOMMAIRE 🧙‍♀️📚🧙‍♂️

0:00:00 Introduction : un roman perdu et retrouvé ?
0:10:35 Branche 1. La version cardinale et le manuscrit de l’Arsenal
0:22:34 Branche 2. Ségurant Reloaded : Les versions complémentaires et alternatives
0:39:14 Branche 3. Ségurant Revolutions. Les 28 manuscrits et les Ur-Prophéties
0:53:02 Qu'est-ce qu'on en savait avant ?
1:09:37 Branche 4. Espèce de petit malin, si c’est si facile que ça pourquoi est-ce que personne ne l’a édité avant ?
1:24:23 Branche 5. Le syndrome d’Indiana Jones
1:31:45 Branche 6. Quelques périls de la Forme-Documentaire
1:43:51 Conclusion : Le côté d’Arthur et le côté de Merlin
1:46:23 Debrief post-conclusion
1:53:34 Envol 

🧙‍♂️🐉🧙‍♀️ POUR ALLER PLUS LOIN 🧙‍♂️🐉🧙‍♀️

🐉 Texte de l’épisode, incluant sources, références, liens quand disponibles en ligne :

Addenda et Errata

  • 3’00 : l’édition de Guiron le Courtois du Groupe Guiron a publié des textes de raccord en 2022, mais il lui reste encore à publier la Continuation Meliadus et la Suite Guiron.
  • 29’00 : Oublié : Arioli pointe dans son étude que Delay et Roubaud se seraient appuyés sur l’index de l’ouvrage de l’étude de Lathuillère sur Guiron le Courtois mais ce n’est clairement pas le cas. On y trouve certes mention du dédoublement du père de Ségurant mais la numérotation des Hector n’est pas la même, et surtout ça ne mentionne pas l’aventure de la Tour aux Chevaliers de Cuivre, qui vient des Prophéties de Merlin… Le passage de Graal-Théâtre dérive donc clairement de l’index des romans arthuriens en prose, ou d’une entrée analogue.
  • 30’06 : L’apparition de Ségurant dans la Tavola Ritonda pourrait émaner d’un flottement dans la tradition manuscrite ? Il prendrait ainsi la place de Branor, qui joue parfois le rôle du Vieux Chevalier. (e.g. BnF) mais un passage qui mentionnait « Branor l’oncle de Ségurant le Brun » aurait été télescopé pour attribuer l’épisode à Ségurant ? Mais le livre de Garner et son compte-rendu par Loth mentionnent ainsi qu’il n’a rien de commun avec le Ségurant du Palamèdes [=Guiron le Courtois] et des Prophéties de Merlin, montrant qu’il est déjà connu comme un personnage présent dans ces deux traditions.
  • 34’28 : Lays dit que Ségurant sur la quintaine se retrouve dans la Queste 12599 mais, sauf erreur, le texte mentionne seulement qu’il a remporté le tournoi de Vincestre, et pas la quintaine. Parmi d’autres scènes du tournoi de Vincestre, on y mentionne par ailleurs le fait qu’il évite le combat avec Lancelot sur demande de la Dame du Lac, et qu’il a été désensorcelé lors de la scène du Siège Périlleux. En fait pour résumer les éléments de la version cardinale qu’on trouve déjà dans des textes qu’on peut plausiblement dater au XIIIe siècle on trouve :
    • La pierre précieuse du pavillon de Ségurant (discutée dans certaines des prophéties des Prophéties de Merlin)
    • Ségurant vainqueur du tournoi de Vincestre (Rusticien, BnF 12599)
    • Personne n’arrive à le renverser sur la quintaine (Rusticien)
    • Ségurant poursuit le dragon (Prophéties de Merlin, Rusticien, BnF 358, etc.)
    • Il l’a vu dévorer de nombreux chevaliers (Prophéties de Merlin)
    • Il est enchanté (Prophéties de Merlin, BnF 12599)
    • Il sera désensorcelé au début de la quête du Graal (Prophéties de Merlin, BnF 12599)
    • La Dame du Lac ne veut pas qu’il se batte avec Lancelot (Rusticien, BnF 12599)
    • Un jeune écuyer d’Irlande veut être adoubé par Ségurant → donnera le personnage de Golistan dans les Prophéties de Merlin.
    • L’enchantement de Méléagant, et d’une centaine de chevaliers par la demoiselle de Pommeglois et leur libération par Ségurant, cohérent entre version cardinale et Prophéties de Merlin.
  • … Ce qui veut dire qu’à la fin du XIIIe siècle il existait une « matière de Ségurant » qui inclut des éléments clés de la version cardinale, qui, pour Arioli, est le seul des textes qui nous reste qui peut prétendre être la source des autres. Bien sûr, ces liens sont toujours à double tranchant, il serait possible d’envisager que le compilateur du manuscrit de l’Arsenal ait trouvé tous ces éléments et décidé de les synthétiser et combler les trous… Mais il resterait la question d’où viennent ces épisodes en premier lieu (et donc une autre source perdue) surtout que si on nous raconte qu’un chevalier est le meilleur du monde, c’est généralement dans une œuvre qui lui est consacrée… En estimant que les Ur-Prophéties devaient contenir une partie des épisodes de la version cardinale, Damien de Carné (2022) rejoint Paton.
  • 41’12 : Le schéma est en fait mal étiqueté, la partie orange notée « version complémentaire romanesque » devrait en fait renvoyer aux épisodes romanesques contenus dans les Prophéties de Merlin en version longue (tournoi de Sorelois, guerre contre les Saxons etc.) qui incluent aussi les huit épisodes de la « version complémentaire romanesque. En un mot, le manuscrit de l’Arsenal a coupé tous ces épisodes et les a remplacés par la « version cardinale », les deux n’ont en commun que « l’intrigue prophétique » autour de Merlin et ses prophéties, et la version courte des PdM s’est encore plus recentrée sur les prophéties, tout en gardant cependant quelques épisodes romanesques, comme l’épisode II de la version cardinale, avec les prophéties faites à Galehaut le Brun.
  • À 46’10, Lays remarque que le matériel composant les « Ur-Prophéties » a déjà été presque intégralement décrit dans l’édition Paton (1926-1927) — Pour illustrer ça, voici deux documents où Lucy Allen Paton regroupe :
    • les épisodes propres au manuscrit de l’Arsenal 5229 (= version cardinale)
    • presque tous les épisodes des deux versions complémentaires (il manque 3 prophéties, trouvées ailleurs)
  • …cependant pas en ce qui concerne le Bodmer 116, qui a quelques épisodes finaux supplémentaires en plus du ms. de Rennes — Arioli dit vouloir éditer le « Livre de Tholomer », d’ailleurs. Arioli ajoute aussi trois prophéties de Merlin sur Ségurant qui n’étaient pas chez Paton, dans le ms. de Chantilly, l’édition de Vérard ou l’Historia di Merlino. (voir le PDF ci-dessus) Un autre apport de l’édition d’Arioli se trouve sur la chronologie plus fouillée, notamment sur quels éléments pourraient remonter au XIIIe siècle. En outre, le fait que Paton mentionne une hypothèse en passant ne signifie pas tant, il fallait bien que quelqu’un rouvre le dossier.
  • 48’03 : Dans son étude de 2016, Arioli disait « Bien que la cohérence et la cohésion ne  soient pas des critères irréfutables […], nous supposons que la “version cardinale” est un bloc monolithique » (2016:25) et dans les faits il la traite souvent ainsi, expliquant qu’un roman perdu de Ségurant pourrait y correspondre, puisque sa trame a été intégrée au chausse-pied dans les Prophéties de Merlin, et semble ne pas vouloir pousser la reconstruction plus loin, en supposant ce qui pourrait y manquer, ou ce qui aurait été rajouté par le compilateur des Prophéties de Merlin ou du manuscrit de l’Arsenal. Cependant, il lui arrive de supposer des épisodes supplémentaires ou perdus. On renvoie aux chevaliers enchantés par Sibylle, épisode dont on ne dispose pas mais qui fait penser à ceux qui ont été enchantés par la dame de Pommenglois, au service de Morgane, donc Arioli postule qu’il s’agit d’un véritable épisode perdu, qui était dans la version cardinale après son interruption dans le ms. de l’Arsenal. À l’inverse, l’épisode II consiste surtout en des prophéties annoncent et récapitulent les épisodes environnants, ce qui serait redondant, Arioli postule donc qu’il a dû être rédigé comme un raccord entre l’intrigue prophétique et la version cardinale (Étude 2019:50-51) et donc qu’il ne devrait peut-être pas être inclus avec, mais il l’y a maintenu car ça permet un texte plus suivi. Le manque de raccord entre le naufrage introductif et la suite de l’histoire pourrait d’ailleurs laisser penser à des théoriciens au scalpel facile qu’il existait en fait séparément, et ne faisait pas partie de la même source que les aventures suivantes.
  • 1h03’52 : Le manuscrit Bodmer 96-1/2 n’était pas consultable (Lathuillère 1966, Bogdanow 1967:328). C’est seulement en 1970 que Lathuillère fut autorisé à le consulter. Description dans « Le manuscrit de Guiron le Courtois de la Bibliothèque Martin Bodmer, à Genève », in Mélanges Jean Frappier (1970), II, p. 567-574. Il y mentionne “comment Seguran le brun fit quintaine” (p. 573, 96-2 fol. 273c) et le combat de Galehaut et Ségurant contre les géants. (p. 570, 96-1 fol. 54a) La description standard de Françoise Vielliard, Manuscrits Français du Moyen Âge, Cologny-Genève, 1975, pp. 61-66 mentionne aussi : “Titre [fol. 273c]: Comment Seguran le brun fu quintaine a tous les chevaliers du tournoiement qui fu des chevaliers errans [Rubr.] Texte. Début Çavoir vous fait li contes que quant messire Segurant [fol. 273c] : le brun, li chevaliers au dragon, ot veu que au tornoiement de Vincestre…” (p. 66)
  • 1h21’45 : D’ailleurs Carné parle d’éditer la version particulière BnF 750/12599 des aventures du Chevalier à la Cote Mal Taillée (2021).
  • 1h36 : Lays pense au documentaire de Kenny Scott, Secrets of the Dead, King Arthur’s Lost Kingdom (2019) traduit et diffusé sur Arte en janvier 2020.

🔮🔮🔮 IMAGES : 🔮🔮🔮

📯📯📯 SONS : 📯📯📯

ÉCOUTEZ REX QUONDAM REXQUE FUTURUS