RQRF 41 : The Wife of Bath’s Tale et The Wedding of Sir Gawain and Dame Ragnelle

Antoine et Lays se penchent sur deux textes qui traitent du motif de la Loathly Lady, femme d’une laideur monstrueuse mais qui se révèle finalement d’une beauté merveilleuse une fois mariée.

Dans ses Contes de Canterbury (~1387-1400), Geoffrey Chaucer place dans la bouche d’une femme (ou bourgeoise) de Bath, un conte situé à la cour d’Arthur, où un chevalier coupable de viol doit trouver ce que les femmes désirent le plus pour sauver sa vie, mais la vieille dame repoussante qui lui a donné la réponse (la sovereynetee sur elles-mêmes et leur mari) exige qu’il la marie en échange. Elle lui demande ensuite de choisir s’il préfère qu’elle reste laide, mais une femme fidèle et honnête, ou s’il la voudrait belle, mais qu’elle risquerait alors d’être infidèle. Ayant retenu la leçon, il lui laisse le choix, et elle sera donc à la fois belle et fidèle…

Même logique dans le poème anglais The Wedding of Sir Gawain and Dame Ragnelle, texte du XVème siècle, préservé dans un seul manuscrit. Commençant comme souvent par une partie de chasse, durant laquelle Arthur est cerné par Gromer Sommer Jour, qui veut le tuer, car il aurait donné ses terres à Gawain — comme Galeron dans The Awyntyrs Off Arthure (RQRF #40). Il impose alors une épreuve à Arthur : il devra découvrir ce que les femmes désirent le plus, et revenir lui donner la réponse un an plus tard, un peu comme le Chevalier Vert de Sir Gawain and the Green Knight (RQRF #39) — mais cette fois lui initime de n’en rien dire à personne. Malgré cela, il finit par s’en confier à Gauvain, et ils partent, chacun de leur côté récolter des réponses qu’ils inscrivent chacun dans un livre. Pas rassuré par la variété des réponses, alors qu’il reste un mois, Arthur repart en quête, et tombe sur Ragnelle, une femme, repoussante en tous points, mais ici carrément monstrueuse dans ses proportions, avec des défenses de sanglier qui sortent de sa bouche… Elle veut bien lui donner la réponse (les femmes veulent toujours la souveraineté), mais en échange elle veut la main de Gauvain. Ce dernier, héroïque, accepte volontiers pour sauver Arthur, sans avoir vu la Dame. Arthur arrive donc à se libérer, mais Gauvain doit donc l’épouser… Pendant la nuit de noces, d’un coup, il la voit dotée d’une beauté merveilleuse, mais apprend qu’il doit choisir : la préfère-t-il belle pendant la nuit ou la journée ? Gauvain, bien sûr, lui laisse le choix, brisant la malédiction…

Le merveilleux sert ici à interroger les relations idéales entre les hommes et les femmes, préoccupation d’autres romans anglais — pensons à la tolérance de Baldwyn quand on lui fait croire que sa femme est infidèle, dans The Avowyngs of Arthur (RQRF #40). Qui plus est, quand Chaucer place le conte dans la bouche d’une veuve de Bath, il nous rappelle peut-être que ces œuvres avaient bien un public féminin.

Ellesmere Chaucer (San Marino, Californie, Huntington Library EL 26 C 9), fol. 72r (détail).
RQRF 41 : : The Wife of Bath’s Tale et The Wedding of Sir Gawain and Dame Ragnelle

Sommaire

0:00:00 Générique
0:01:00 Introduction
0:03:55 Actualités plus ou moins arthuriennes
0:29:27 Le Conte de la femme de Bath et le motif de la Loathly Lady
0:38:30 Éditions de Chaucer
0:42:19 Résumé du Conte de la femme de Bath (et son prologue)
1:14:00 The Wedding of Sir Gawain and Dame Ragnelle 
1:17:00 Éditions et introduction
1:23:00 Résumé de The Wedding of Sir Gawain and Dame Ragnelle 
2:20:40 Bonus : critique surprise de Legends of the Round Table (et de la mission Ragnelle en particulier)

Éditions discutées

Actualités discutées en introduction

RQRF 40 : Avowyngs of Arthur & Awyntyrs Off Arthure

Antoine et Lays reviennent avec deux textes arthuriens du XIVe siècle en vers allitératifs anglais, dans la suite de nos épisodes sur les Morts d’Arthur (RQRF #36) et Sir Gawain and the Green Knight (RQRF #37) — par rapport à ce dernier on va d’ailleurs revoir une mise en scène d’adultère, un chevalier vert, une blessure à la nuque pour Gauvain…

Dans The Avowyngs of Arthur, Arthur jure d’affronter un terrible sanglier, décrit comme un être démoniaque, et encourage ses chevaliers à également faire un vœu, mais là où Gauvain et Keu se comportent en chevaliers de roman et partent également à l’aventure dans la forêt, Baudoin, avant de rentrer chez lui, fait des vœux qui se rapportent davantage à la morale quotidienne : ne pas craindre la mort, ne pas être jaloux d’une femme et ne jamais refuser de nourriture à quiconque. Dans la deuxième moitié du poème, Arthur et ses chevaliers vont essayer d’éprouver ses vœux, qu’il va ensuite expliquer à l’aide de plusieurs histoires qui lui sont arrivées, même si la morale n’est pas toujours claire…

Dans The Awyntyrs Off Arthure, Gauvain et Guenièvre sont témoins de la terrible apparition d’un spectre lors d’une partie de chasse. Alors que les cieux s’assombrissent, il s’avère que ce revenant est en fait la mère de Guenièvre, qui les met en garde quant à leur orgueil : leurs richesses et leurs triomphes ne les empêcheront pas de finir dévorés par les vers et les tourments du purgatoire comme elle. Et qui plus est, elle prophétise sur la chute de la Table Ronde et la mort de Gauvain… Alors qu’ils s’appliquent à la charité pour le salut de leur âme, et qu’on fasse donner des messes en son honneur pour atténuer ses souffrances. Dans la seconde moitié du poème, Galeron de Galloway accuse Gauvain et Arthur d’avoir injustement pris possession de ses terres et il veut se battre pour celles-ci. Gauvain relève le défi. Le combat est terrible, et les deux chevaliers gravement blessés, quand la bonne amie de Galeron intercède auprès de Guenièvre pour le faire interrompre, mais justement quand Galeron reconnaît que Gauvain a l’avantage. Arthur propose alors à Gauvain de nouvelles terres pour qu’il rende à Galeron celles qu’il demandait, et qu’il puisse rejoindre la Table Ronde — ce qui est fait. Et Guenièvre fait donner un million de messes pour sa mère.

Dans ces deux textes anglais, nous voyons la Table Ronde investie par des questions morales qui devaient être plus proches des préoccupations de leur lectorat (de petits nobles ou bourgeois) que les dilemmes héroïques des chevaliers errants classiques, que ce soit la morale individuelle de Baudoin ou bien l’économie religieuse de la charité qui entoure le Salut de la mère de Guenièvre.

RQRF 40 : The Avowyngs of Arthur & The Awyntyrs Off Arthure

Sommaire

0:00:00 Générique
0:01:00 Introduction
0:03:26 Actualité
0:25:00 Introduction des textes
0:32:10 Avowyngs of Arthur
1:33:00 Awyntyrs off Arthure 

Traduction des deux textes par nos soins, avec le texte anglais :

Liens des œuvres d’actualité discutées en introduction

RQRF Hors-Série 10 : The Green Knight (2021)

Adaptation du classique Sir Gawain and the Green Knight, discuté dans le dernier épisode (RQRF 37), The Green Knight (2021) de David Lowery, avec Dev Patel dans le rôle de Gauvain, adapte habilement l’essentiel du roman. Dans cet épisode hors-série, Antoine et Lays récapitulent le film et ses choix.

RQRF Hors-Série 10 : The Green Knight (2021)

Si vous connaissez le roman, certaines modifications vous maintiendront sur vos gardes en vous faisant vous demander où va l’histoire, sans pour autant attirer l’attention du public qui n’est pas familier avec, renouvelant un peu l’intrigue.

Quelques références bien placées titilleront les férus d’arthuriana et autres médiévistes, les décors nous montrent d’ailleurs les extrémités du Moyen Âge passant de châteaux très archaïques à la cour d’Arthur aux fioritures du XVème siècle, quand on semble pénétrer un royaume un peu féérique.

Les romans français sur Gauvain le montrent généralement en proie à deux problèmes : premièrement, devoir être courtois dans une situation où c’est difficile, comme dans Sir Gawain and the Green Knight, et ensuite confronter sa réputation, qui le précède, thème qui là est davantage souligné dans le film avec un Gauvain inexpérimenté, pas encore chevalier, et empressé de faire ses preuves. Là où il est rajeuni, Arthur est par contre vieilli, le ton change un peu.

Les théories sur le Chevalier Vert, sur sa nature et ce qu’il représente — la Nature, justement — sont astucieusement mêlées au film et soutiennent ainsi les thèmes de l’histoire, l’échange de baisers et de proies, le Chevalier Vert qui rend le coup de hache qu’il a reçu, font ainsi écho au grand Do ut des (« donne et je te donne », « donnant-donnant ») qui règle nos relations avec la Nature : on frappe et elle nous frappe, on prend et elle nous prend. « Est-ce donc tout ce qu’il y a ? » demande le héros.

Un beau film, contemplatif et garni de belles images — mais qui sacrifie un peu la cinéma en tant que tel à la photographie, comme on le remarque souvent aujourd’hui ? — qui adapte astucieusement un classique — mais avec parfois un peu trop d’astuce pour son propre bien ?.. À chacun d’en juger.

RQRF 37 : Sir Gawain and the Green Knight

Classique indétrônable de la littérature anglaise, Sir Gawain and the Green Knight a été le fruit d’innombrables éditions, traductions, et commentaires, qui n’épuisent pas le charme de cette œuvre singulière, certainement le roman arthurien qui se distingue le plus dans la tradition anglaise. Un mystérieux chevalier, complètement vert, vient défier la cour d’Arthur à Noël avec un petit jeu : qui sera assez courageux pour lui porter un coup avec sa hache, à condition qu’un an après, il le lui rende ? Gauvain s’y colle et décapite le joueur, espérant peut-être échapper à sa riposte, mais il ramasse sa tête et repart… L’année suivante se termine, et Gauvain part à sa recherche, mais très proche de sa chapelle verte, il s’arrête dans un château très (trop) accueillant, où la femme du seigneur lui fait des avances très insistantes tandis que son mari est à la chasse — et notre héros a accepté un marché étrange : à la fin de chaque journée, ils doivent échanger ce qu’ils y ont gagné…

Cette reprise du « jeu du décapité » déjà croisé dans la Première Continuation, la Mule sans frein, Hunbaut et le Perlesvaus, la verdeur mystérieuse du chevalier, souvent interprété ensuite comme un symbole ou un esprit de la Nature, les scènes de chasse d’une vivacité poétique forte, entrecoupées du malaise et de la tentation propres à la séduction, la fin fort peu triomphante de Gauvain : tout se conjugue pour créer une aventure intrigante et inoubliable, malgré sa simplicité.

RQRF 37 : Sir Gawain and the Green Knight.
Gauvain décapite le Chevalier Vert (fol. 94v) et la femme de Bertilak vient le convoiter dans son lit (fol. 125r) dans l’unique manuscrit : BL Cotton Nero A10.

Sommaire :

0:00:00 Introduction et actu : vidéo Ségurant, Pendragon Cycle.
0:24:33 Sir Gawain and the Green Knight 
0:26:50 Editions et traductions de SGGK disponibles
0:49:00 Présentation de SGGK 
0:51:25 Versions précédentes du "Jeu du décapité"
0:57:00 Résumé de Sir Gawain and the Green Knight
1:00:00 Partie I
1:15:35 Partie II
1:26:20 Partie III
1:43:30 Partie IV  
2:01:30 Conclusion

Notes :

Editions utilisées :

RQRF 36 : Les Morts d’Arthur allitérative et stanzaïque

Avec ces deux « Morts d’Arthur », la tradition anglaise adapte La Mort le Roi Artu (RQRF 17) à sa sauce, déjà en la séparant du Lancelot-Graal, mais aussi en réintégrant des éléments de la « tradition historique » de Geoffrey de Monmouth (RQRF 3) et ses continuateurs Wace et Layamon (RQRF 4).

La Morte Arthure stanzaïque (ou strophique) suit d’assez près la trame de son modèle français mais, privé des monologues intérieurs de la prose française, Lancelot se retrouve encore plus idéalisé comme le modèle courtois par excellence. Par contraste, le texte souligne la passivité d’Arthur, entraîné par les actions des autres, surtout Gauvain et son animosité contre Lancelot. Ses strophes rythment solennellement les batailles finales du royaume arthurien, avec quelques twists.

La Morte Arthure allitérative se démarque davantage. Cette forme de poésie qui repose sur l’allitération, la répétition de sons similaires (plutôt que la rime, par exemple) l’inscrit dans une ancienne tradition propre à la langue anglaise. L’histoire s’affranchit bien davantage de ses modèles antérieurs. Retour à Geoffrey, Wace et Layamon : les campagnes d’Arthur sur le continent, qui mènent à sa chute, n’ont plus de lien avec Lancelot, ce dernier étant un simple lieutenant, aucune relation avec Guenièvre en vue. Mais Arthur ne se satisfait pas d’avoir réglé son compte à Rome, il se déchaîne contre les habitants de la Toscane, projette de reconquérir la Terre Sainte, s’imagine presque en souverain du monde entier… quand la trahison de Mordred le ramène à la réalité, et en Grande-Bretagne.

Variations sur les thèmes connus de la chute du royaume arthurien, qui n’en finit plus de chuter, ils ont pourtant durablement marqué le verbe arthurien. Ce Lancelot très-courtois, cet Arthur particulièrement orgueilleux seront notamment repris par Thomas Malory : la Mort allitérative inspire directement ses campagnes continentales au début du règne d’Arthur, et la Mort stanzaïque la conclusion de sa grande fresque. Avec « l’anglicisation » contemporaine de l’Arthuriana, cela peut expliquer que leur sens de la formule, l’extériorité dramatique des déclamations de leurs chevaliers, soient devenus pour nous le langage de la légende arthurienne, peut-être plus encore que les vers fleuris de Chrétien de Troyes…

RQRF 36 : Les Morts d’Arthur anglaises, allitérative et stanzaïque.
Roue de la fortune illustrant La Mort le Roi Artu (version du Lancelot-Graal cette fois), Ms. British Library Add. 102 92-4, fol 89.

Sommaire :

0:00:00 Introduction
0:15:15 Editions des textes utilisées
0:26:50 La Mort d'Arthur Stanzaïque (ou Strophique)
1:17:30 La Mort d'Arthur Allitérative

Notes :

0:39:45 Sur le procès de Guenièvre, dans la Mort Artu on lui aurait coupé la tête plutôt que la brûler. Mais la Morte Arthure stanzaïque rajoute effectivement la torture des coupables.
0:40:45 Hector des Mares est effectivement engendré par Ban au château des Mares, grâce à un enchantement de Merlin, dans la Suite-Vulgate. (RQRF 18, cf. Sommer II.405 pour le texte)

Editions utilisées :

RQRF 35 : Introduction à la tradition arthurienne anglaise

Entorse à la chronologie ! Il reste beaucoup d’œuvres françaises à passer en revue, mais les plus importantes sont longues, tortueuses, et souvent pas traduites… Antoine et Lays vont donc bientôt aborder les romans anglais, qu’on trouve dans les siècles suivant le foisonnement du treizième siècle français auquel nous sommes habitués. Après une petite actualité (un peu enrhumée, c’est d’actualité), ils présentent quelques chroniques anglaises, notamment le Prose Brut, ou les Metrical Chronicles, qui reprennent la tradition “historique” de Geoffrey de Monmouth (RQRF 3) ou du Brut de Layamon (RQRF 4), avant ça la seule œuvre anglaise majeure que nous avions examinée. De même quelques adaptations et traductions sont abordées. Pas de grand roman, de grandes aventures résumées point par point dans cet épisode, mais plutôt un passage en revue du contexte anglais dans lequel arrivent les Morts d’Arthur et les romans centrés sur Gauvain, que nous allons examiner en cette fin d’année.

RQRF 35 : Introduction à la tradition anglaise (chroniques etc.)
Illustration : Prose Brut Chronicle of England, England, 2nd or 3rd quarter of the 15th century, Harley MS 1568, f. 1.

Sommaire

0:03:46 Actualité : adaptation de The Winter King
0:10:20 Design par comité vs. vision côté arthurien moderne 
0:20:10 Actualité : Les RQRF Awards
0:35:40 Introduction à la tradition arthurienne anglaise 

Notes :

RQRF 4 : Arthur in Translation – Les Bruts de Wace et Laȝamon

Après avoir présenté l’Historia Regum Britanniae de Geoffrey de Monmouth dans le dernier épisode, Lays et Antoine se tournent cette semaine vers deux de ses plus célèbres traductions: le Roman de Brut de Wace, en anglo-normand, et le Brut de Laȝamon, en moyen anglais. Mettant en vers le récit de l’Historia, les deux poèmes se distinguent aussi par leurs particularités: Wace introduit la Table Ronde dans la Matière de Bretagne, tandis que Laȝamon est le premier écrivain d’expression anglaise à relater les aventures d’Arthur…

RQRF 4 : Arthur in Translation – Les Bruts de Wace et Laȝamon (mai 2017)